Ressentir & Peindre

Je crois que le corps est une caisse de résonance du beau qui aspire à être réactivée.

Je veux que la peinture se vive avec tout le corps, que celui-ci entre en résonance avec le tableau, qu’il en soit transfiguré.

Je veux que le trait de peinture soit un flux, une pulsation, que l’énergie que véhicule la matière y soit donnée.

Je veux couler dans la peinture le beau qui passe et sa présence vibrante.

Ressentir & Peindre

La nature me subjugue. Je contemple énormément.

A mes yeux le monde est infiniment poétique.

La délicatesse d’une feuille naissante, la volupté des pétales d’une fleur qui éclot, la lumière rasante ou éblouissante du soleil qui si l’on y prête attention nous irradie de l’intérieur, de la peinture écaillée sur une vieille porte en bois, la douceur d’un regard, l’odeur d’un feu, le goût d’une pêche, le pépiement d’un oiseau… Si l’on s’offre à lui le monde nous abreuve de trésors inépuisables qui sont d’ineffables sources de joie.

Je crois que c’est pour cela que je suis devenue peintre. Unressenti si intense et vibrant de chaque petite beauté que cela en devient un moteur, et une envie de tendre, couchées sur une toile, ces pépites au monde.

Sans avoir mis de mot ou de concept en amont dessus, je me rends compte que je peins avec du trait et de la matière.

Du trait car ces courbes etces à-pics m’émeuvent et épousent au mieux mon ressenti émerveillé.

Et de la matière parce qu’elle a pour moi une force magnétique. Je suis fascinée par les forces telluriques, par la présence puissante, silencieuse et si parfaite d’un beau galet, d’une algue séchée,d’une falaise ou de l’argile.

Les courbes et à-pics et la matière sont pour moi plus signifiants que toute représentation : ils ont le pouvoir de nous connecter aux forces vitales qui traversentle monde, lui insufflent ce souffle et le tissent.

Je travaille presque uniquement sur du papier. D’abord  lafaçon dont glissent les pinceaux dessus me plait, et ensuite le papier me parle. Vraiment. Quand il est « à grains » je suis émue jusqu’au silence par sa texture, et quand son grain est inexistant, cette surface lisse et lumineuse me semble pleine de promesses pour des gestes empreints de vitalité et d’intensité.

Mes pinceaux sont larges, grands, singuliers. Je ne les choisis qu’à l’instinct, au toucher et au regard, et les « ressens ».

Je me tourne presque toujours vers de grands formats, souvent sur plusieurs panneaux et de taille atypiques, ils me semblent plus propices à ces éclats de peintures instinctifs.

J’utilise presque toujours de l’acrylique aux couleurs intenses, et y ajoute de l’encre de chine, de la poudre de graphite, du charbon de bois broyé ou des pigments en poudre pour lâcher la bride de la matière,lui laisser exprimer à l’état brut toute la vérité qu’elle contient.

Mes phares dans cette aventure sont Fabienne Verdier,Sylvain Tesson, Hélène Grimmaud ou Constantin Brancusi…et tant d’autres êtres« brulés par le besoin ardent de faire grandir la flamme » (C Juliet) ; et sensibles aux formes de la nature, à la simplicité jusqu’à l’épure et à l’intensité du ressenti.

Quand je peins je ne « fais » rien. Je laisse moncorps être en résonance avec l’univers, avec ce beau qui me subjugue, et laisse mon instinct le retranscrire en gestes qui créent ces traits.